« Pourquoi arrêter de manger des tomates en plein hiver si c’est pour offrir des roses kényanes le 14 février ? » : le « slow flower » s’implante

Plus un seul mètre carré de libre dans le studio-atelier de Louis-Géraud Castor, fleuriste vénéré du 3e arrondissement de Paris, où les brassées du jour viennent d’arriver. Confinement et fermeture des frontières obligent, depuis quelques semaines...

« Pourquoi arrêter de manger des tomates en plein hiver si c’est pour offrir des roses kényanes le 14 février ? » : le « slow flower » s’implante

Plus un seul mètre carré de libre dans le studio-atelier de Louis-Géraud Castor, fleuriste vénéré du 3e arrondissement de Paris, où les brassées du jour viennent d’arriver. Confinement et fermeture des frontières obligent, depuis quelques semaines il a fallu faire dans le très local et miser sur la livraison en direct de deux exploitations d’Île-de-France, le mardi et le jeudi. Ce n’est pas pour déplaire à l’artisan fleuriste, habitué à composer des arrangements en fonction de ce qui a éclos la veille. Ce matin, derrière les grandes vitres de Castor-fleuriste, l’œil néophyte repère du mauve, du carmin, du vert, du jaune, du bleu, et autant de variétés de fleurs inconnues – hormis les pivoines, dont c’est la pleine saison. Face à l’incapacité de ses clients (tous masqués et postés à un mètre de distance) à nommer les fleurs de sa boutique, Louis-Géraud Castor dresse un triste constat. « Triste mais logique, assure-t-il. Le marché s’est totalement uniformisé. À force de vendre des bouquets venus du monde entier, on ne peut pas demander aux gens d’identifier des fleurs qui poussent près de chez eux mais qu’ils ne voient jamais. »

<p>Une composition de saison de l’artisan fleuriste Louis-Géraud Castor.</p>

Une composition de saison de l’artisan fleuriste Louis-Géraud Castor.

Marion Berrin pour M Le magazine du Monde

En temps normal, en France, neuf fleurs coupées sur dix sont cultivées à l’étranger. Outre les Pays-Bas, plaque tournante de la fleur manufacturée, la Colombie, l’Équateur et le Kenya ont fait main basse sur le marché, à coups de tarifs attractifs et d’offres standardisées, avec livraison assurée toute l’année. Mais la crise sanitaire de ces dernières semaines a contraint les importations à s’arrêter net. Les marchés de gros comme Rungis étant beaucoup moins fournis, voire fermés, la tendance « Slow Flower », qu’une poignée de fleuristes et d’horticulteurs ont introduite en France depuis quelques années, a pu décoller.

Malgré l’annulation de nombre d’événements et des commandes assorties, les clients ont continué de vouloir acheter des fleurs, pour égayer le salon où ils passaient tout leur temps ou encore fêter un anniversaire à distance. « Par chance, on a pu limiter la casse grâce aux fleurs locales, explique Édith Besenfelder, fleuriste parisienne. Au lieu d’aller faire le plein à Rungis trois fois par semaine, je passe commande aux producteurs alentour et je me fais livrer. »

En France, 80 % d’horticulteurs en moins

Un système qui n’est pas pour lui déplaire – « fini les réveils à 2 heures du matin ! » – élaboré grâce à Fleurs d’Ici, « market place » qui met en relation clients, fleuristes et horticulteurs d’une même zone de chalandise, engagés dans un mode de production écologique. « Depuis un an environ, on sentait une nette évolution de notre activité. Avec le confinement, nous avons été sursollicités, se réjouit Hortense Harang, à l’origine de la plate-forme créée en 2017 et récompensée à maintes reprises. Même des revendeurs traditionnels type Interflora nous ont contactés. L’ensemble du secteur a compris qu’il était grand temps de valoriser la fleur locale. »

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